New York et le Cinéma


Liste (non exhaustive) de Film de/sur/dans New York

À partir de différentes listes, ainsi que par le biais de notre mémoire, nous avons échafaudé cette liste non-exhaustive de films se passant au moins partiellement à New York, et portant tous un intérêt, sinon purement cinématographique, au moins par le regard qu’ils portent et apportent sur la ville. De King Kong à Gangs of New York, de Midnight Cowboy à Home Alone 2, ces films ont tous une vision différente de New York, affectée par une intention (narrative, politique, historique…), une culture de l’époque, portée par des styles de réalisateur très différents. Ainsi Abel Ferrara, en tournant The King of New York, dresse une peinture plus sombre et malsaine de la Mafia New Yorkaise que Francis Ford Coppola  dans The Godfather, ou  Brian De Palma dans Carlito’s Way, par exemple.

Nous pourrons à l’avenir, choisir un film qui apparait (ou non) dans cette liste, et écrire une ligne ou un article dessus, relevant des éléments particuliers sur leur vision de New York.

King Kong (Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack 1933)

Citizen Kane (Orson Welles 1941)

West Side Story (Robert Wise 1961)

The Incident (Larry Peerce 1967)

Rosemary’s Baby (Roman Polanski 1968)

Midnight Cowboy (John Schlesinger 1969)

The French Connection (William Friedkin 1971)

The Panic in Needle Park (Jerry Schatzberg 1971)

The Godfather (Francis Ford Coppola 1972)

Alice in den Städten (Wim Wenders 1973)

Mean Streets (Martin Scorcese 1973)

Serpico (Sidney Lumet 1973)

Dog Day Afternoon (Sidney Lumet 1975)

Marathon Man (John Schlesinger 1976)

Taxi Driver (Martin Scorcese 1976)

Annie Hall (Woody Allen 1977)

New York, New York (Martin Scorcese 1977)

Hair (Milos Forman 1979)

Manhattan (Woody Allen 1979)

Raging Bull (Martin Scorcese 1980)

The King of Comedy (Martin Scorcese 1983)

Once Upon a Time in America (Sergio Leone 1984)

Radio Days (Woody Allen 1987)

King of New York (Abel Ferrara 1990)

The Fisher King (Terry Gilliam 1991)

Bad Lieutenant (Abel Ferrara 1992)

Home Alone 2: Lost in New York (Chris Colombus 1992)

Carlito’s Way (Brian De Palma 1993)

Manhattan Murder Mystery (Woody Allen 1993)

The Usual Suspects (Bryan Singer 1995)

Devil’s Advocate (Taylor Hackford 1997)

Being John Malkovich (Spike Jonze 1999)

Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick 1999)

The Thomas Crown Affair (Norman Jewison 1999)

American Psycho (Mary Harron 2000)

25th Hour (Spike Lee 2002)

Gangs of New York (Martin Scorcese 2002)



Koyaanisqatsi

où nous verrons le bloc comme une unité contrôlant des flux

Suite à l’article du groupe destruction sur le documentaire Koyaanisqatsi, il paraît intéressant de souligner un passage traitant de la représentation de la ville, non seulement par son aspect graphique, mais par sa fonction.

Dans cet extrait différentes villes ayant la grille en commun (c’est le nom d’un des chapitres du film : The Grid), notamment New York, sont observées d’un point de vue aérien. En les superposant avec des vues de cartes mères, Godfrey Reggio met en lumière leur ressemblance tant au niveau graphique que fonctionnel.

En effet une carte mère est le « centre névralgique » de l’ordinateur, c’est l’élément qui permet de mettre en commun toutes les potentialités des différents composants. Et de cette centralisation émerge les propriétés de l’ordinateur, qui comprennent l’intelligence artificielle.

diagramme d'une carte mère

Par la suite, il filme des mouvements humains, et montre qu’ils suivent un schéma bien défini par la ville et la façon dont elle est organisée. Ainsi, sur un schéma de carte mère, on se rend compte que ceux-ci seraient des flux de données, canalisés par des « bus ». Et ces flux de données sont traités par des blocs qui les contrôlent et leurs donnent le cheminement à suivre.

Par cet enchaînement d’images, Reggio nous montre la ville comme un réseau de blocs qui traitent et répartissent les flux en suivant des schémas bien précis, qu’il s’agisse de personnes, d’idées, d’eau,… Ceci nous mène à une conclusion plus générale : la technologie créée par l’Homme finit par le posséder. La ville devient une machine capable de s’autogérer, prenant en compte l’Homme comme une donnée parmi tant d’autres.

The Grid: motherboard/fluxes

Koyaanisqatsi, Godfrey Reggio (1982)


Ce n’est pas par hasard que New York soit choisie pour représenter cette ville machine, elle en est la quintessence. On peut s’y localiser uniquement en utilisant des mathématiques (intersection entre x et y, bloc z, étage n), un bloc peut être réinitialisé, son but est d’optimiser les données,…

Cependant, face à cette vision terrifiante, on trouve des landmarks qui redonnent une dimension humaine à cette machine. C’est là le délirant paradoxe de New York. Le machinisme apparent de la ville a réussi à développer une vision qui lui est totalement opposée. Là où devrait s’accumuler une montagne de données, statistiques, chiffres, se dresse l’Empire State Building.

Il est alors difficile d’affirmer New York comme ville surréaliste, puisqu’elle n’a été dictée uniquement par la raison, et la justification par la pensée n’est venue qu’après (à l’image du manifeste qu’est New York Délire). Les bâtiments deviennent des landmarks, mais ne sont pas pensés en tant que tels. Le Flatiron Building a été construit parce qu’il multipliait au maximum sa surface au sol, il n’est devenu une image qu’après. Maintenant que le manhattanisme est terminé, on se permet de penser le bâtiment comme un landmark (le projet du nouveau World Trade Center).

Finalement, Manhattan a réalisé la plus grande ambition de Parvulesco dans A bout de souffle (Godard, 1960) : elle est devenue immortelle par les images qu’elle a développées « sans le vouloir », puis est morte car figée par ces mêmes images.



Trame de fond pour une ville sans script

où nous comparerons la construction de films de Jean-Luc Godard et celle de New-York.

Comme dans la plupart des films, Godard s’attache à poser une trame de fond pour y développer sa fiction. Là où il se différencie, c’est qu’il n’utilise pas de script dans la plupart de ses films. Il développe les personnages jusqu’à épuisement de l’intrigue, souvent marqué par la mort.

Ceux-ci ont souvent un besoin de fuir la situation présente, comme dans Pierrot le fou ou A bout de souffle, car ils ne peuvent se conformer aux règles (juridiques ou sociales). Le manhattanisme est né de cette même volonté de se séparer des règles de la vieille Europe, mais aussi de nier le contexte de l’île de Manhattan en y apposant une trame immuable qui supprime tout contexte naturel.

Ce côté artificiel, Manhattan ne le nie pas, bien à l’inverse des villes européennes, elle le proclame : une ville est une ville, et le but d’une ville est de concentrer au maximum la population. Godard n’hésite pas, lui non plus, à répéter au spectateur que ce qu’il regarde n’est que du cinéma. En effet, il emploie la mise en abîme du cinéma : dans tous ses films, les personnages vont au cinéma, parlent de cinéma, tournent un film. De plus il laisse percevoir le montage qui a eu lieu, et laisse même ses personnages s’adresser à l’audience.

Lorsque dans Pierrot le fou, la question « qu’est ce que le cinéma ? » est posée, Godard répond par une énumération : « Love, Hate, Action, Violence, Death : in one word, emotion ». Godard utilise souvent ce procédé dans ses films (notamment dans Les Carabiniers), mais ceci prend tout son sens lorsqu’il est utilisé pour décrire ses propres films, la bande-annonce du Mépris en donne l’exemple parfait. Il suffirait d’associer tous ces ingrédients, sans même avoir de recette, juste voir ce qu’il se passe, pour obtenir un film. De la même façon, Manhattan est une « énumération de blocs », abritant différents programmes : Hôtel, Bureau, Logement, Théâtre : en un mot, la ville. Manhattan, à l’image de la culture américaine, est ce grand melting-pot dont émerge quelque chose de tout à fait nouveau, le new de New York.

Images extraites de Pierrot le Fou

Manhattan est donc née d’une espèce d’improvisation, une écriture automatique, qui s’est laissée guider par différents acteurs (économiques souvent). A l’image de l’improvisation des acteurs, et de Godard lui-même, Manhattan serait-elle la manifestation de la ville sans script.




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